Clotilde Ancarani sublimely orchestrates the contradictions that give substance to true things. Caught up in the frenzy of her life as woman, artist and mother, eager both to give and to receive, she reminds me of something Virginia Wolf wrote in an odd story called “A room of one’s own”. In it, she recognized the need that, at times, urges women to lie and cheat with space and time so as to protect the slow pace of generating a work of art, by secluding themselves from others, husbands and children for one.
Clotilde says: “I play a game of impressions and camouflage. I am in it, behind it, in every fold of it. I put this fragile barrier between all intruders and myself. I take part in the masquerade. Yet I see no faking…”

And then one takes a look, and surrenders to the fascination of her universe, fragile and powerful at the same time: impatient gestures matched by chiselled perfection, unrestrained matter pierced by sparks of light, huge paintings and tiny sculptures alongside large sculptures, bursting and overwhelming tenderness. In this swirl of fans, feathers, armours and caresses, one is swept away by a genuineness whose elegance can barely dissimulate its searing intensity. Splashes and abrupt ruptures confirm this. One thinks of a barricade, a dissolution, a struggle against blindness, a subtle experimenting of symbols.

No doubt Clotilde Ancarani has not yet completed the process of recognizing her own talent. And so she works, explores, grinds, scrapes, glues, weaves and gathers the heterogeneous fragments of her universe, of her own room. In it, doors and windows are open, wide, full of light. One enters and looks on and on and on.

Diane Hennebert
Traduction : Pisana Ferrari

 
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Clotilde Ancarani orchestre avec une belle générosité ces contradictions qui donnent de l'épaisseur aux choses vraies. Embarquée dans les galops d'une vie de femme, d'artiste, de mère, gourmande des autres et d'elle-même, elle me fait penser à ce que disait Virginia Woolf dans un curieux texte intitulé "Une chambre à soi". J'en ai retenu cette nécessité des femmes, parfois, de mentir et de tricher avec l'espace et le temps pour se garantir la lenteur des gestations d'une œuvre d'art à l'abri des autres, hommes et enfants d'abord.
Alors, elle dit: "Je joue de l'empreinte et du camouflage. Je suis dedans, derrière les plis. J'interpose à toute effraction cette barrière fragile. Je participe au bal des mascarades et pourtant, rien de ce qui est là est faux…"

Et puis, on regarde, on se laisse pénétrer par son univers fragile et puissant à la fois: des gestes impatients qui rivalisent avec une précision d'orfèvre, des matières sauvages qui laissent scintiller les éclats de la lumière, des toiles très grandes et de toutes petites sculptures, et des grandes sculptures aussi qui débordent de tendresse. Dans cette valse de robes-sujets, de vasques, de gouttes géantes, d'armures et de caresses, on se laisse embarquer dans le rythme d'une sincérité dont l'élégance masque mal les fulgurances. Des taches et de brusques interruptions confirment cela. On pense alors à un rempart à la dissolution, à une résistance aux aveuglements, à un subtil feuilletage de signes.

Clotilde Ancarani n'a sans doute pas encore franchi toutes les étapes de la reconnaissance de son talent. En Belgique, on la découvre seulement en 1999. Dès lors, elle travaille, elle explore, triture, égratigne, troue, colle, tisse, rassemble les fragments hétérogènes de son univers, de sa chambre à soi. Et ici, les portes et les fenêtres sont ouvertes, larges, lumineuses.
On entre et on regarde encore.

Diane Hennebert

 
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Girls are just learning it, women have come out of it. The Gown/Desire equation may still find ways of expressing itself on the catwalks of a haute couture fashion show but only to try to resist the oppressive dominance of trousers.
Otherwise, the gown only kindles the fantasy of very young girls.

No. A woman is no longer "a smile wrapped in chiffon with paint on her cheeks" as Brancusi used to say.
She now holds the paintbrush herself and uses it in her own peculiar ways. Out with evanescent odalisques,
Renaissance Venuses, plush Virgins and other allegories of the kind.

The new scenery of female art is at ease with cascades of fabric, unavowed nostalgia, unresolved rebellion.
The gown survives through and into this, passes on, even wins new spurs.

As in the art of Clotilde Ancarani.

In her paintings a woman-become-gown is the dominating figure. As simple as that. A gown elevated to the rank of protagonist, sliding through the thread of a canvas. Not an object to be worn to be pretty. No, a living object searching for its identity, questing, doubting.

"I cannot be all at once: woman, object of desire, artist, wife, lady of the manor, cook, mother...
So let me get in touch with my essence, let me do away with what I believe I am, let me bare my soul under the subterfuge of gowns to parade in. I am a gown, Gown is henceforth my name. I play a game of impressions and camouflage.
I am in it, behind it, in every fold of it. I put this fragile barrier between myself and all intruders. I take part in this masquerade yet there is no faking... Mirror, mirror on the wall, tell me, who is hiding behind these swirls of paint?"

Gowns to (s)expose ... and the woman/artist, not thinking of herself, will  not submit to the intended design: to please!
She prefers fluidity, fluttering, little imperfections, grazing... and always a touch of red, though the gown be white.

The playful, subtle litany on canvas is pursued in the lanky bronze silhouettes. No polished surfaces here either. More gowns, but this time they are armours. Protective "Masks" that frighten and put off seduction. A head, a body, no legs!
The gown gives form to the woman...

The vast "Basins" do not imitate the origin of the world, rather they contain it. Nothing shall transpire of what they protect, except that their size is commensurate with that of their creator. Of her or her children. A sudden statement: "My mother is comfortable!". These containers are filled with imagination, with the unspeakable, with the unsaid, with the unheard and the unknown: an initiation to femininity! In the folds of a sumptuous cornucopia made of images, sensations, substances. Nothing is "shown", but one can divine the existence of an interior core, of a physical "presence".

Finally, the "Drops", delicately swaying, related to gourds and water, the womb or a shell...
gathered together, like women around a well...

The art is repetitive, marked by abrupt interruptions. The canvas is torn by the silence of absence, as the artist become woman again suddenly leaves the studio to go to her children, to tasks that drag her away from paint and the fumes of turpentine... But other secrets are in store in her art, well dissimulated, that will captivate the eye and the soul of those that will not shy away from the Gown!

Séphora Thomas

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Les filles l’apprennent, les femmes en sont revenues.
L’équation Robe / Désir trouve peut-être encore à s’exprimer sur les podiums d’une Haute-Couture, mais pour jouer la résistance à l’inquisition du pantalon. Ailleurs, une robe peut encore susciter le rêve de très petites filles.

Non, la femme n’est plus « un sourire sur des chiffons avec de la peinture aux joues », comme le disait Brancusi. Elle tient désormais le pinceau et le manie ell-même d’une façon très singulière. Terminé les Odalisques alanguies, exit les Vénus renaissantes, adieu les vierges nourrissantes et autres allégories.

La scène de l’art des femmes accueille les chutes de tissus, les nostalgies non avouées, les révoltes pas tout-à-fait digérées. La robe y survit, s’y transmet, s’y transforme et y trouve même quelques lettres de noblesse.

Comme en témoigne le travail de Clotilde Ancarani.

Dans ses tableaux règne une femme devenue robe. C’est tout. Une robe-sujet se défilant dans la trame d’une toile. Pas un objet à enfiler pour faire joli. Non. Une chose-étant qui se conjugue, se cherche, s’interroge.

« Je ne puis être tout à la fois … femme, belle, artiste, épouse et maîtresse de maison, cuisinière, mère, tout cela. Alors, je me reprends, me déprends de ce que je crois être, je me dénude dans un subterfuge de robes-défilées. Je suis Robe. C’est mon nom. Je joue de l’empreinte et du camouflage. Je suis dedans, derrière, dans les plis. J’interpose à toute effraction cette barrière fragile. Je participe du bal des mascarades et pourtant rien de ce qui est là n’est faux… Miroir, dis-moi qui se cache sous ces voiles de peinture ? »

Les robes « sexe-posent » et la femme-artiste, qui ne se prend pas pour elle-même, ne satisfait pas le dessein de cette forme : plaire ! Elle lui préfère le flou, le flottement, les trous, les égratinures … et toujours une pointe de rouge, même quand la robe est blanche.

Cette litanie à fleur de toile se poursuit dans de longues silhouettes de bronze. Pas de surface lisse, là non plus.
Des robes encore, mais des armures, cette fois. « Masques » protecteurs que la séduction effraie. Une tête, un corps, pas de jambes ! La robe structure la femme …

Enfin, de vaste « Vasques » ne singent pas l’origine du monde, mais la contiennent. On ne saura rien de ce qu’elles protègent, sinon que leurs dimensions sont à la mesure de celle qui les a produit. D’elle ou de ses enfants. Elle précise soudain : « Ma mère est confortable ! ». Ces contenants sont bourrés d’imaginaire, d’indicible, de muet et d’ignoré : là, s’initie le féminin ! Au cœur d’une matière à la somptueuse hétérogénéité faite d’images-sensations-substances. Sans que rien ne soit « montré », on devine l’existence d’un objet interne, une « présence » corporelle.

Quant aux « Gouttes », elles se balancent, parentes de l’amphore et de l’eau, du ventre ou de la coquille… groupées, à l’instar de la femme, autour d’un puit…

L’œuvre est répétitive, scandée par de brusques interruptions. Le silence de l’absence déchire les surfaces. Car l’artiste redevenue femme quitte l’atelier en courant et s’en va vers ses petits. Ces tâches l’entraînent loin des taches de couleur et des odeurs de térébenthine… mais l’œuvre cache d’autres secrets, des perspectives plus dissimulées qui captiveront le regard et l’esprit de ceux que la Robe n’intimidera pas !

Séphora Thomas


© Clotilde Ancarani 2008 | Photos: Mireille Roobaert, Luc Schrobiltgen